Manifeste

 

(1) Construire, c’est d’abord habiter la Terre.

Chaque architecture transforme une part de notre refuge commun : la biosphère. Elle mobilise des ressources, modifie un milieu existant et influence les relations entre les êtres vivants. Construire implique donc de comprendre les contextes dans lesquels nous nous inscrivons : climats, paysages, cultures, ressources, usages et mémoires des lieux.
Cette attention au contexte ne constitue pas une contrainte mais une condition de la justesse. Toute architecture s’inscrit dans un environnement et contribue à en créer de nouveaux.

 

(2) L’architecture ne consiste pas seulement à produire des objets ou des bâtiments. Elle crée des environnements.

Elle se vit davantage qu’elle ne se voit.
Un environnement ne se résume ni à sa géométrie, ni à sa matérialité. Il est constitué d’atmosphères, de lumières, de sons, de températures, de mouvements, d’usages, de perceptions et de relations. Il agit sur nous avant que nous agissions sur lui.

 

(3) L’architecture devient alors un art de la relation : relation à un lieu, à un climat, à un paysage, à une pratique ou à un groupe.

Mais toute relation suppose également la possibilité de la distance.
Une architecture de la relation n’est pas une architecture de la connexion permanente. Elle rend possibles aussi bien les rencontres que les retraits, aussi bien les échanges que les intimités.

Cette réflexion s’est notamment développée à travers l’exploration des infrastructures de mobilité. Routes, réseaux et aires de service révèlent que l’architecture ne concerne pas seulement les lieux mais aussi les liens qui les unissent.

Depuis plusieurs décennies, une transformation majeure est venue enrichir cette réflexion : l’apparition des réseaux numériques.

 

(4) L’environnement contemporain est désormais à la fois matériel et immatériel.

Nos lieux de vie sont physiques et virtuels, traversés par des flux d’informations, des données, des réseaux et des interactions qui prolongent l’espace physique dans de nouvelles dimensions relationnelles.
Pour décrire cette réalité émergente, nous avons développé le concept d’n-spaces.

 

(5) Les n-spaces désignent des espaces augmentés de liens potentiels, d’informations, de temporalités et de possibilités nouvelles. Le « n » renvoie à l’idée de dimensions complémentaires qui viennent enrichir l’environnement construit.

Nous n’habitons plus un espace au singulier mais un espace pluriel connectés à d’autres.
Chaque dimension supplémentaire ouvre de nouvelles formes d’interactions entre les êtres, les lieux et les milieux.
Déployer l’espace dans ses dimensions nous a conduits à explorer plusieurs champs de recherche.

[Déploiements]

(6) Repenser l’architecture non plus comme l’organisation d’espaces statiques mais comme la coordination d’espace-temps et de relations.

Elle ouvre de nouvelles perspectives pour mieux utiliser les ressources existantes, améliorer l’efficacité des lieux, favoriser leur résilience et prolonger leur durée de vie.

 

(7) Déployer la troisième dimension nous a amenés vers les notions de Reliefs et d’EnVol : une architecture qui exploite davantage les volumes, transforme les surfaces en paysages et multiplie les possibilités d’habiter.

 

(8) Déployer la dimension temporelle nous a conduits à envisager l’architecture comme un instrument d’environnements.

Les saisons, les climats, les usages, les mouvements du soleil, du vent ou des habitants deviennent des composantes actives du projet. L’architecture n’est plus figée ; elle révèle, joue, amplifie, accompagne ou transforme les phénomènes qui l’entourent.

 

(9) Au-delà du temps, les relations nouvelles permises par les environnements physiques et numériques nous ont conduits vers le concept de bâtiment actif.

Un bâtiment capable d’évoluer, de se partager, d’apprendre et de produire davantage d’usages et de services à partir d’une même réalité matérielle. Un bâtiment qui utilise mieux ses ressources spatiales, énergétiques et humaines tout en facilitant les mises en relation entre ses habitants et leurs environnements.

L’enjeu est moins d’ajouter que de déployer.

[e(t)ssence]

(10) Nous appelons subtile une architecture capable d’agir simultanément sur les dimensions matérielles et immatérielles d’un environnement.

Une architecture attentive aux résonances visibles et invisibles qui constituent un lieu.

 

(11) Ces recherches poursuivent un même horizon : concevoir des environnements, des bâtiments et des villes plus efficaces, plus résilients et plus attentifs au vivant.

Ouvrir un champ de possibles, de rencontres et d’inattendus.
À l’échelle urbaine, elles nous conduisent à explorer l’idée d’une ville subtile, où les dimensions physiques et numériques enrichissent les relations, les perceptions et les sensibilités.
L’architecture ne répond pas seulement à des besoins ; elle nourrit des imaginaires, suggère des situations et rend désirables de nouvelles manières d’habiter.

 

(12) Surtout, l’architecture demeure le premier des arts.

Un art capable de donner forme à nos aspirations. Il puise autant dans les savoirs vernaculaires que dans les innovations techniques de son époque.
L’architecture participe ainsi à une écologie élargie où les ressources, les usages, les relations, les imaginaires et les sensibilités sont indissociables.
Préserver la Terre demeure une nécessité.
Mais au-delà de cette nécessité, construire consiste aussi à affirmer des singularités, à insuffler des aspirations collectives, à produire de l’élan, de l’émotion, de la surprise, de l’émerveillement et du sens. Créer les conditions d’une vie plus riche, plus consciente, plus ouverte et plus belle.

Créer une ville, c’est ajouter des ailes (ll) à la vie.

 

Eric Cassar, 2026


Penser et construire pour (faire) ViVre l’Architecture.